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Points clés à retenir
- Airmes est une coquille fréquente pour armures en tissage
- Trois armures fondamentales : toile, sergé et satin
- Le sergé se reconnaît à ses diagonales visibles
- Le peigne 40/10 donne 40 fils de chaîne pour 10 cm
- Des formations de 56 à 224 heures existent selon le niveau visé
Qu’est-ce qu’une armure (airmes) en tissage
Si vous êtes tombé sur le mot airmes en cherchant des informations sur le tissage, sachez tout de suite qu’il s’agit d’une coquille fréquente pour « armures ». J’ai vu passer cette faute de frappe des dizaines de fois dans les forums de tisserands amateurs, et elle mérite d’être clarifiée avant d’aller plus loin.
Une armure désigne le mode d’entrecroisement des fils de chaîne (les fils tendus sur le métier) et des fils de trame (ceux insérés par la navette). C’est ce schéma d’entrelacement qui donne au tissu son aspect visuel, sa texture et sa tenue.
Concrètement, ça veut dire quoi pour votre projet de tissage ? Le choix de l’armure conditionne à la fois la solidité du textile et son rendu esthétique. Un tissu solide pour un usage quotidien n’appelle pas la même armure qu’une pièce décorative.
Un rôle structurel, pas seulement décoratif
Sur le terrain, je vois souvent des débutants se concentrer uniquement sur la couleur des fils en oubliant que l’armure change tout : brillance, souplesse, résistance à l’usure. Deux tissus avec les mêmes fils peuvent sembler complètement différents selon leur armure.

Les trois armures fondamentales
Toute la richesse du tissage repose sur trois armures de base, dont dérivent ensuite des dizaines de variantes. Petit rappel utile avant d’aller plus loin : chaque armure fondamentale a sa logique propre.
L’armure toile (taffetas)
C’est la plus simple : chaque fil de trame passe alternativement dessus puis dessous chaque fil de chaîne, un fil sur deux. Le résultat est un tissu serré, résistant et sans motif apparent, identique à l’endroit et à l’envers. C’est l’armure qu’on apprend en premier dans quasiment tous les ateliers.
L’armure sergé : l’effet diagonal
Le sergé se reconnaît à ses diagonales visibles sur le tissu. Le fil de trame passe sous un fil puis sur plusieurs, en décalant d’un fil à chaque passage. Un sergé 1/3, par exemple, passe sous un fil puis sur trois, ce qui crée un décalage régulier d’un fil à chaque duite, selon la description qu’en donne Wikipédia. C’est cette progression qui dessine la diagonale caractéristique du denim ou de la gabardine.
L’armure satin : la surface lisse
Le satin joue la carte inverse du sergé : les points de liage sont dispersés pour qu’aucune diagonale ne se forme. Le fil dominant (chaîne ou trame selon le type) reste en surface sur de longues flottes, ce qui donne cet aspect lisse et brillant qu’on associe à la soie ou aux tissus d’ameublement haut de gamme.
Comment reconnaître une armure sur un tissu
Face à un tissu inconnu, comment savoir quelle armure a été utilisée ? C’est le genre de détail qui change tout quand on veut réparer, imiter ou simplement comprendre un textile.
Observer l’endroit et l’envers
Première étape : comparer les deux faces. Une toile est identique des deux côtés. Un sergé ou un satin présente souvent une face dominante différente de l’autre, ce qui trahit immédiatement le type d’armure.
Repérer les diagonales ou l’absence de motif
Une diagonale nette signale un sergé. Une surface lisse sans motif visible, presque « vide » à l’œil, oriente plutôt vers un satin. L’absence totale de relief avec une trame serrée pointe vers une toile.
Compter le rapport d’armure
Le rapport d’armure correspond au nombre minimal de fils et de duites nécessaires pour que le motif se répète. Un tissu alvéolé de type œil de paon demande par exemple un rapport minimum de 5 fils sur 5 duites, d’après les données publiées par Romantiss. Plus ce rapport est élevé, plus le motif est complexe.
Les armures dérivées et composées
Une fois les trois armures fondamentales maîtrisées, tout un univers de variantes s’ouvre. En clair, ces dérivés permettent d’adapter le rendu sans changer de logique de base.
Natté et reps, dérivés de la toile
Le natté (ou panama) reprend le principe de la toile mais en groupant les fils par deux ou plus, ce qui donne un damier plus visible. Le reps, lui, joue sur des fils de grosseurs différentes pour créer un effet côtelé.
Chevron et losangé, dérivés du sergé
En inversant périodiquement le sens des diagonales, on obtient le chevron (motif en V) ou le losangé. Ces variantes restent très utilisées en habillement et en linge de maison pour leur effet graphique.
Les armures à relief
Gaufré, nid d’abeilles, alvéolé : ces armures composées jouent sur des flottés longs qui créent du relief en surface. Le tissu alvéolé mentionné plus haut en est un exemple typique, avec sa texture en creux caractéristique.
Chaîne et trame, les bases indispensables
Impossible de parler d’armure sans revenir aux fondamentaux. Le fil de chaîne est tendu longitudinalement sur le métier, du début à la fin de la pièce. Le fil de trame est celui que la navette insère perpendiculairement, une duite à la fois.
Ensouple et duite : le vocabulaire de base
L’ensouple est le cylindre sur lequel s’enroule la chaîne avant tissage. Sur un métier à ensouple arrière, on peut stocker jusqu’à 3 000 mètres de fil de chaîne, selon les chiffres publiés par Textile Addict. Chaque passage de la navette produit une duite.
Calculer le nombre de fils selon le peigne
Le peigne détermine la densité de la chaîne. Un peigne noté 40/10 correspond à 40 fils de chaîne pour 10 centimètres de largeur, d’après un cours de tissage disponible sur Scribd. Ce calcul conditionne directement le poids et la souplesse du tissu final.
Pour une progression régulière, avancez la pièce tous les 3 à 5 centimètres : c’est ce qui garantit une tension homogène sur toute la longueur, selon les conseils de MD Tissage.
Choisir l’armure selon son projet de tissage
Sur le terrain, je vois souvent des débutants se tromper d’armure faute d’avoir défini leur usage en amont. Autant vous le dire tout de suite : le choix dépend d’abord de la fonction du tissu, pas de son apparence.
| Armure | Points forts | Usages typiques |
|---|---|---|
| Toile | Solide, simple à tisser, bon marché en temps | Débutants, linge de maison, torchons |
| Sergé | Résistant, souple, diagonale visible | Denim, gabardine, vêtements de travail |
| Satin | Lisse, brillant, décoratif | Doublures, ameublement haut de gamme |
Pour un premier métier à tisser, je conseille toujours de commencer par la toile. C’est l’armure la plus tolérante aux petites erreurs de tension, et elle permet de comprendre les mécanismes de base sans se perdre dans des calculs de rapport complexes.
Se former au tissage et aux armures
La théorie a ses limites : le tissage s’apprend surtout avec les mains. Plusieurs formats de formation existent selon le temps et le budget disponibles.
Formations courtes en atelier
À Nantes, la formation « Armures simples » proposée par App’h formation totalise 56 heures, réparties entre 35 heures en centre et 21 heures en formation à distance. Pour un parcours plus complet, la certification « Techniques du tissage traditionnel » de LAINAMAC cumule 140 heures en centre sur quatre niveaux, 14 heures à distance pour un cinquième niveau, et 70 heures d’exercices pratiques en autonomie.
Des stages plus courts existent aussi : un stage de niveau 1 sur cinq jours couvre l’ourdissage, l’installation de la chaîne et les armures simples toile/sergé. Un stage de niveau 2, également sur cinq jours, se concentre sur des échantillons d’armures sergé, pour un tarif compris entre 55 et 60 euros par personne selon le niveau.
Le matériel de base pour débuter
Un métier à tisser, un peigne adapté à la densité voulue et une navette suffisent pour démarrer. C’est le genre de détail qui change tout : inutile d’investir dans du matériel professionnel avant d’avoir testé les armures fondamentales sur un métier simple. Certains ateliers industriels, comme celui de la Holding Textiles Hermès, exploitent une trentaine de métiers unis et Jacquard, preuve que les mêmes principes d’armure s’appliquent du métier artisanal à l’échelle manufacturière.



